La publication tant attendue de nos brochures 2008 m'octroie une semaine de vacances et m'envoie sur les côtes de Sicile. J'en profite pour visiter notre
école de langue Babilonia et l'antique cité de Théocle...
"Coup de tabac" sur Taormina
air de Bretagne...
Perchée, pittoresque, branchée, cosmopolite, incontournable, illuminée...
Taormina, aujourd'hui, a pris un air de Finisterre. 2 mètres de houle, un vent de 30 noeud, secteur Nord-Est... Poseïdon est en colère. De Letojani au Cap Passero en passant par Naxos et
Syracuse, les vagues éclatent sur les digues noires comme se brise l'Océan sur le granit rose des remparts de Bretagne nord. Les plages transformées en lits d'écume scintillent, laissant entrevoir, entre deux trains de vagues, les épaves dispersées des bars arrachés à leurs grèves. Les ancres chassent, l'eau est noire, la rive blanche et chaque rocher métamorphose le Grand bleu en nuages de mer. Ces embruns violents venus de
Grèce rappellent en passant combien l'histoire de "l'île du soleil" s'enracine, depuis 3 millénaires, dans les tempêtes de l'Olympe et les Odysées au goût de sel. Hephaïstos ne peut rien contre le puissant courroux du frère de Zeus. L'Etna reste caché dans les brumes forgées de silence. Sorties de l'ether, les roches noires du géant Typhée accrochent, en contre-bas de paysages lunaires, des forêts de chênes et de châtaigniers. Sur cette terre volcanique de sable noir, il pleut des châtaignes, étincelantes, hérissées comme des oursins et Alexandre, petit breton de 5 ans, ne sent plus ni l'eau, ni le froid, ni le vent, tant les pentes de cette "montagne magique" sont prodigues. Depuis la baie de Naxos, Riposto vaut le détour. Couronné d'une petite cité brillante, ce port de pêche robuste et têtu ne semble rien vouloir céder au tourisme des pays "étrangers" (Taormina, 30 km au nord!) et se rie du "coup de tabac" et de ceux qu'il effraie. 4 tranches de thon échangées en face de la criée contre 3 sacs de "marroni". Les mots trempés qui sortaient de la bouche de ces marins là étaient pour sûr aussi salés que ceux du Guilvinech.
coin de Paradis...
Il ne faudrait cependant pas se méprendre. Douceur de vivre, langueur de chaque instant, gourmandises à chaque coin de rue, même déchaînée, Taormina reste... "un coin de Paradis". Et si la Sicile prend parfois des allures océanes, elle ne perd rien de ses charmes. La beauté est sans conteste une composante maîtresse de la "terre au trois pointes". La beauté de la mer, du ciel, de la ligne altière des montagnes qui suivent et protègent les côtes escarpées. La beauté d'une nature qui ne murmure pas mais fait entendre avec force sa voix par des couleurs éclatantes, des parfums envoûtants, des saveurs somptueuses. Une nature qui a assisté avec un détachement superbe à la longue cascade de mille destins croisés: Les Phéniciens installèrent les premiers comptoirs sur la côte occidentale. Au sud et à l'est, les Grecs bâtirent des temples doriques et des théâtres sur lesquels les Romains ont appuyés leurs murs. Les arabes élevèrent leurs fortifications sur d'anciennes acropoles grecques et édifièrent de délicieux jardins que les Hauteville de Normandie et les descendants de Barberousse transformèrent en palais de rois. Les espagnols mélêrent aux façades gothiques de nouvelles volutes baroques... et en 1860, quand Garibaldi débarqua à Marsala avec ses "Mille" pour libérer le royaume des deux Siciles, de nombreux traits de l'histoire moderne vinrent s'ajouter à la mémoire plurielle de
Trikeles, et, une fois de plus, tout à changé et tout est resté comme avant... d'une beauté à nulle autre pareille.
alors n'hésitez pas...
comme diraient les voix mêlées de Gesualdo Bufalino et d'Ibn Hamdis... montez à bord de cette arche triangulaire de rochers qui flotte sur les ondes des millénaires. Ce pays "auquel la colombe a prêté son collier et que le paon a recouvert de ses plumes chatoyantes" a échappé a tant de tempêtes, il survivra aux fusées... et glissez dans votre poche un dictionnaire grec: vous pourriez rencontrer, surgie des eaux et désireuse de bavarder avec vous, Aphrodite Anadiomène...
Bon vent !